Ce matin mon réveil a sonné comme d’habitude à 6h03. D’un geste de la main, je l’ai prestement arrêté pour ne pas réveiller ma douce, avant de me lever d’un bond à 6h35… A croire que quelque chose me retenait… peut etre le sommeil… le ras le bol intégrale et profond provenant d’un manque criant de vacances après une année particulièrement chargée…

C’est donc relativement tard que j’ai quitté mon domicile. Et comme à chaque fois que je suis à la bourre se pose cette question terrible : Bus ou Pas Bus…

 Cette question pourrait bien entendu paraître complètement anodine, voir secondaire. Et pourtant…

D’habitude ne faisant aucun sport homologué par une quelconque fédération, je m’astreins de marcher d’un pas rapide vers la gare. 8 minutes de marche à pied ne peuvent que me faire du bien. J’ai bien essayé de me motiver a monter a pied les 7 étages qui sépare « mon » appartement du sol, mais par un phénomène étrange, le soir, en arrivant devant l’immensité blanchâtre des marches en simulies marbre, je perds la mémoire et comme vaincu par une flemme qui ne semble plus me quitter jusqu’au lendemain matin, j’appelle l’un des deux ascenseurs pour monter rapidement et sans effort en haut.

Mais je jette toujours un coup d’œil avec une question unique : y a-t-il quelqu’un qui attend le bus, car « si quelqu’un l’attend c’est qu’il va arriver » (proverbe Lehavrais, car en dépit de tous leurs défauts ils avaient compris quelques petites choses les habitants de Le Havre)

Et je vous le donne en mille : une femme attendais, attentive, le visage tourné vers la route ce qui annoncait l’imminence de l’arrivée du bus. Je hâtais même le pas car tout dans son attitude semblait indiqué que, pas loin dans la montée, mais caché à mon regard, le bus se préparait à faire son entrée fracassante. Un petit peu comme l’arrivée salvatrice de la pluie en plein milieu de la saison sèche africaine. J’accélère donc le pas, j’allonge mes foulées, je franchis le plus rapidement possible les 40 derniers mètres avant l’arrêt de bus. J’arrive presque en age, la carte dans la main, prêt a entrer de plein pied dans le mastodonte tout de verre et d’acier… et… rien…

Je tourne la tête dans la même direction que la jeune femme et… rien…

Je la regarde entre déception et volonté inquisitrice, mais elle semble si sereine en l’avenir, si persuadée, dans son attitude, que le Bus ne peut qu’arriver que je me laisse convaincre.

J’ai été faible… je m’en rends compte en l’écrivant aujourd’hui. Je pense que je voulais y croire moi aussi, je voulais partager son rêve, croire en son idéal d’un bus qui arrive à l’heure annoncée, d’un bus qui va ou j’ai besoin qu’il aille, d’un bus pour tous libéré des tabous qui entrave son action sociale et fédératrice…

A commencé alors l’attente. Je crois que le pire dans l’attente c’est l’incertitude. Encore on nous dirait a 13h32 le bus arrive a 13h42, on attendrait résigné mais heureux. Mais la on pense que le bus peut arriver n’importe quand, et c’est exactement cet état qui défini le fameux dilemme du bus (on avait le dilemme du prisonnier en microéconomie, nous avons aujourd’hui made in Ashrame, le dilemme des bus).

En effet, quand on met à pied 10 minutes pour se rendre d’un point A à un point B (je sens que je suis entrain de perdre une partie de mon auditoire)

Et que nous ne mettons que 3 minutes en bus pour le meme trajet, combien de temps pouvons nous permettre d’attendre ?

La réponse semble aisée et instinctive: 7 minutes. Mais elle est fausse. C’est encore à cause de cette fichue incertitude. En effet, au départ on est prêt a attendre. Une minute passe, une autre encore…

Moi je suis du genre patient, c’est important de couper cet épineux problème mathématique (une équation à une inconnue peu sembler parfois épineuse) pour le préciser.

 

Chaque minute qui passe rallonge d’autant le trajet et engendre de nouvelles questions, de nouvelles incertitudes…

Plus le temps passe, plus ces incertitudes se précisent… se noircissent … Jusqu’à la dernière question :

Le bus va-t-il finalement passer ?

 

Et la on se dit que chaque minute qui a passé est une minute qui nous rapproche de son arrivée, mais que s’il n’arrive pas… chaque minute passée ne nous rapproche que d’une minute supplémentaire d’attente. Alors certes on a deja perdu 5 minutes, mais peut on en perdre encore plus ou alors faut il abandonner et faire un trait sur ces 5 précieuses minutes ?

En gros faut il persévérer ou limiter la casse ?
Ce qui est bien dans ce genre de question c’est qu’au final seul le résultat dictera sa loi (c’est un peu la dure loi de kho lanta version bus, sans torche)

Un Cyrille qui preférera repartir a pied se peu patient si le bus arrive quelques minutes plus tard, et aura eu raison de ne pas s’acharner dans le cas contraire

Un ashrame qui restera a attendre sera au choix entêté ou persévérant…

J’étais perdu, vaincu par un aboulisme total, tel l’âne de Buridan je risquais de mourir de faim ! Tant et si bien perdu dans mes pensées que je n’ai pas vu le bus passer…

Je plaisante bien entendu… hein dis tu me crois hein?